Cette nuit j'ai fait un rêve

Cette nuit j'ai fait un rêve que jamais je n'avais fait auparavant. C'était un rêve étrange mais il n'était pas pénétrant. Là s'arrête la référence à la poésie.


Assise sur un tracteur en plastique de couleur noire à bande jaune, un jouet pour enfant, je déambulais dans les rues d'une ville grise, morne et vide, sans que cela n'étonne personne. Il n'y avait personne à étonner puisque la ville était vide. C'est ce que je me suis dit en me réveillant. Mais là je dormais, alors je pédalais dans mon rêve en me disant, tiens ça n'étonne personne, continuons.
 
Sur le tracteur en plastique noir à bande jaune, les genoux au ciel, au dessus de mon menton, je ne savais pas où j'allais mais il était évident que j'avançais inéluctablement. Une sorte d'allégorie de la vie qui défile, qu'on soit mobile ou non. Tout à coup, sur le côté, un gars gris dans un manteau gris, portant un pantalon gris et des baskets en tissu blanc, un tissu grisé par la salissure du temps. Un gars tout gris donc, aux cheveux ternes et aux traits dessinés aux couteaux était là dans mon rêve. Il s'est emparé d'une énorme pierre qui est apparue subitement comme le font souvent les pierres dans les villes de nos rêves. Et j'ai eu peur. Il l'a dressé au-dessus de sa tête. Il prenait son élan. Il avait l'air méchant. Les lèvres pincées comme pour concentrer toute son énergie dans l'envoi de cette masse grise. il visait un angle de rue comme sur un billard à trois bandes, essayant de m'atteindre sans que je puisse déceler le moment de l'impact. 
 
L'angoisse qui étreint la poitrine. L'évidence que, quoiqu'il arrive, il fallait pédaler, avancer, ne pas s'arrêter. Avoir confiance, ne pas se poser de question. Avancer, pédaler. Pourquoi moi ? qu'est-ce que j'avais fait ? Se dire que, parfois, on n'est pas au bon endroit malgré soi. Pédaler, avancer. La pierre qui tape un premier angle de rue. Elle rebondit. Elle vole et va rebondir sur une façade. Elle ne s'écrase pas. La pierre est molle mais je redoute sa trajectoire. Avancer pédaler. Elle rebondit à nouveau, elle perd de l'ardeur. J'avance, le souffle court, le cœur tapant à plein. Je suis sur un vélo noir dont les poignées en plastique m'irritent la paume des mains. Pédaler, avancer. Il me suit. il court. Il me jette à nouveau des pierres. elles sont plus petites, les trajectoires sont nettes. J'ai peur. Avancer, pédaler. Crier. Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pédaler, avancer. Les pierres tombent sur les bas côtés. Je roule. Je prends mon téléphone. Mes yeux balaient la rue à la recherche d'un point de repère. Appeler les secours, leur dire les jets de pierre. Pédaler, avancer. Mais où suis-je ? Des panneaux bleus rois. Des lettres illisibles. La poitrine qui se sert. L'angoisse. La peur. L'incompréhension. Un parking souterrain. Du ciment gris. La taille de mon vélo a diminué de moitié. Je suis sur un BMX noir, des ampoules ensanglantées sur les pouces, les pieds au sol. Silence. Plus rien. Ca y est je suis réveillée. 
 
Cette nuit j'ai fait un rêve que jamais je n'avais fait auparavant. C'était un rêve étrange, un rêve dérangeant.

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Commentaires : 1
  • #1

    PC (jeudi, 18 février 2016 10:38)

    Je ne pensais pas etre aussi terrifiant !